NOTRE POLITIQUE

Le but principal du projet TOPOPHONIK est d’inviter les habitant.e.x.s de l’agglomération genevoise à s’exprimer sur les archives sonores conservées au sein des Archives Internationales de Musique Populaire (AIMP) du Musée d’ethnographie de Genève (MEG). 

À travers ce dialogue entre les habitant.e.x.s et les archives sonores, TOPOPHONIK vise en particulier à amplifier les voix et les récits de personnes qui possèdent des identités multiples à Genève, notamment en lien avec la migration. Les phonogrammes des AIMP proviennent en effet de régions du monde entiers et le projet vise à faciliter l’accès à des personnes qui ont une partie de leur identité liées à des régions différentes de raconter leur vision de ces archives, leur pratiques musicales et comment celles-ci sont liées à leur identité et à leur parcours de vie. Ainsi, il s’agit de teindre les archives d’histoires récits de vie, d’émotions, de les enrichir de nouveaux chants et de permettre de reconnaître les pratiques musicales multiples qui façonnent l’identité musicale hybride du Canton de Genève à travers ses habitant.e.x.s. Pour ce faire, le collectif a imaginé le “PHONOMATON” une cabine d’enregistrement à l’image d’un PHOTOMATON qui se déplace dans le Canton de Genève de mai à octobre 2021. L’exposition des archives sonores est ainsi à la fois itinérante et participative. Elle permet d’écouter les archives sonores du MEG et de pouvoir intéragir avec celles-ci par le biais du PHONOMATON. En entrant dans cette cabine, les participant.e.x.s pourront ainsi partager leurs souvenirs, leurs émotions ou encore chanter par dessus les phonogrammes conservés au MEG.

Cette démarche se focalise sur plusieurs éléments qui peuvent être problématiques et sollicite un travail éthique de la part de chacun.e.s des membres. Nous mettons ici en avant d’une part, nos prises de positions en nous focalisant sur le rôle des musées dans l’emprise culturelle et intellectuelle lors de la colonisation et d’autre part notre proposition d’une méthode participative afin d’engager un processus de décolonisation d’une partie de ces phonogrammes conservés au MEG.

Bien que la Suisse ait été absente des expéditions coloniales, il n’en demeure pas moins une implication politique et économique. En effet, la présence d’artéfacts non occidentaux ne peut se comprendre sans un contexte plus global dans lequel les acquisitions d’objets s’inscrivent. En effet, les musées ethnographiques ont vu le jour durant la période d’expansion des empires coloniaux européens. Ces lieux avaient pour but de classer et d’exposer des artefacts extra-occidentaux afin de développer le goût pour les découvertes d’autres peuples. De ce fait, le musée est directement lié au projet colonial et devient alors un instrument idéologique au service de l’Etat. Ces lieux ont donc aussi été des piliers dans la construction d’un discours exotisant des pays colonisés. La musique, la peinture ou les différentes œuvres expropriées-volées dans ces régions ont ensuite été exposées, donnant lieu à la  mise en scène d’objets considérés comme folkloriques. L’exotisation doit alors se comprendre comme un discours qui s’insère dans un certain imaginaire géographique occidentalocentré et se construit autour d’un processus d’asymétrie du pouvoir qui considère une hiérarchie entre “Nous” (l’Europe, le point de vue dominant) et “l’Autre” ou l’”Ailleurs” (le “reste”). 

Dans le cadre de ce projet, nous nous sommes focalisé.e.s sur les archives musicales des AIMP –  MEG. Celles-ci se sont construites depuis plusieurs décennies à travers des enregistrements dites de terrain ou des disques publiés, elles sont une part intégrante du capital culturel du musée. Ces pistes audios posent de nombreuses questions sur la propriété intellectuelle et artistique de ces œuvres, ainsi que la façon dont les institutions muséales/culturelles se sont appropriées ces éléments et ont légitimé leur entreprise. L’ethnomusicologie est aussi un des moteurs des phénomènes présentés. En effet, aujourd’hui encore ce domaine est avant tout dominé par des personnes blanches majoritairement issues de classes sociales élevées dans des villes européennes ou d’Amérique du Nord.  Cette situation crée la valorisation d’un discours et d’une vision unique, notamment sur la façon dont ces œuvres sont analysées et/ou étudiées, en construisant un discours qui est fortement influencé par des rapports de forces hérités de la perspective coloniale de l’impérialisme européen.  

Notre collectif prend en considération ces différentes problématiques et essaie, à travers des méthodes participatives, de donner la parole aux personnes concernées. Tout d’abord en démocratisant les archives, c’est-à-dire en les sortant des murs du musée pour les rendre disponibles à tous et toutes. Ensuite, notre projet vise à une réappropriation de ces archives permettant aux personnes issues de la migration de pouvoir s’exprimer à travers le phonomaton, qui regroupe des archives audios de pays ou de régions qui les touchent et ainsi de se réapproprier les archives sonores qui leur appartiennent. Finalement, nous nous positionnons dans le projet général de décolonisation des musées qui se définit comme un processus de reconnaissance des contingences historiques et coloniales par lesquelles les collections furent acquises. En acceptant ce processus, en incluant diverses voix et différentes perspectives et enfin, en transformant le musée par des actions concrètes nous espérons pouvoir repenser les archives comme étant un matériel communautaire.

Pour plus d’information: écoutez l’episode zéro des podcasts TOPOPHONIK. Nous expliquons ces enjeux ainsi que notre démarche. Bonne écoute.

TOPOPHONIK